Lectures

The Hate U Give, de Angie Thomas

A Lesson Before Dying de Ernest J. Gaines est le premier livre que j’ai lu en anglais. Je crois que ça doit bientôt faire dix ans maintenant, c’était pour mon cours d’anglais renforcé. Et en fait, je ne sais plus très bien si je l’avais lu dans son intégralité, juste que mon oral de bac fut une réussite. A l’époque, l’enjeu était de comprendre l’histoire en dépassant la difficulté du texte et son vocabulaire. En effet, je me rappelle plus avoir eu du mal à lire cet ouvrage qu’autre chose. Mais je me souviens quand même de quelques passages et surtout des réactions de certains camarades, des miens aussi. Et aujourd’hui, plus j’y pense plus je réalise que c’était un sujet poignant. Tout aussi poignant que le message que porte The Hate U Give de Angie Thomas. En fait, leurs sujets sont similaires  racisme, violences policières. Si j’ai pensé à l’oeuvre de J. Gaines c’est parce que – couchée sur le point de m’endormir – j’ai ressenti une certaine tristesse en me demandant combien de livres sur le sujet sortiront avant que la condition des hommes et des femmes noir.e.s changent.

« Dites leur que je suis un homme »

A Lesson Before Dying, publié 1993 mais situé dans les années 40, raconte l’histoire de Jefferson, un jeune homme noir américain condamné à mort pour un crime qu’il n’a pas commis. En prison, il reçoit la visite d’un instituteur prêt à lui faire gagner une éducation et une dignité avant sa condamnation. Malgré cette tragédie et grâce à son professeur, il comprendra que sa vie compte. Vingt-quatre ans après la parution de ce roman, les Etats-Unis sont en plein mouvement #BlackLivesMatter et ce depuis 2013, suite à l’acquittement de Georges Zimmerman, meurtrier de Trayvon Martin, un adolescent noir de Floride.

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Dans la post-face de son livre, Angie Thomas explique pourquoi elle a voulu raconter l’histoire de Khalil et de Starr. Toute personne racisée, je suppose, a écouté des récits à propos de l’esclavage, de la colonisation ou/et du racisme par ses proches, ou par son professeur d’histoire – si elle est chanceuse. Des fois c’est quelque chose qui peut paraître lointain, impensable, et d’autres fois il arrive de ressentir ce poids, ce picotement, ce sentiment blessant qui se réveillerait en nous. (J’avais lu quelque part que le traumatisme de nos ancêtres se transmettait de génération en génération.) Angie Thomas a beaucoup entendu parlé d’Emmett Till, ce jeune homme noir lynché en 1955 mais cela lui paraissait lointain et impensable. Et puis la mort de Trayvon Martin lui fit comme un électrochoc. Comme toute la communauté noire américaine elle prit conscience que cette injustice était toujours d’actualité et ancrée dans nos sociétés. Bon, dans la sienne, mais mon électrochoc à moi furent les émeutes de 2005, suite à la mort de Zyed et Bouna. C’était la première fois que je réalisais qu’il y avait aussi des violences policières en France. Je me souviendrais toute ma vie, petite ado assise dans le salon devant les informations, face à ces cités semblables à la mienne.

“What’s the point of having a voice if you’re gonna be silent in those moments you shouldn’t be?”

Angie Thomas a décidé de lutter et de s’exprimer à sa manière : l’écriture. A l’université, elle écrit une nouvelle qu’elle développera et qui deviendra plus tard The Hate U Give. Lier ses deux vies, le « ghetto » et la « tokken noire » de la fac… Tout comme Starr Carter, on est nombreux.ses à compartimenter nos entourages et nos vies. Enfin, c’est ce que moi je fais. Starr est une adolescente qui vit à Garden Heights, un quartier pauvre contrôlé par les dealers et les chefs de gang nommés « King ». Elle ne sent pas souvent à sa place car elle passe la majeure partie de son temps dans un lycée privée majoritairement blanc et dans le quartier résidentielle de son oncle. Si jusque là Starr réussit à vivre sa double vie sans accroche, ses mondes ne font plus qu’un lorsque Khalil, son meilleur ami, meurt sous les coups de la police, et ce devant ses yeux.

Tout d’abord, elle va chercher à garder le silence, garder pour elle tout le traumatisme et la peur engendrée par ce drame. Car il n’est pas question qu’elle devienne le cliché de la ghetto aux yeux de ses camarades de classe. Mais la culpabilité va grandir au fur et à mesure lorsque internet et les médias vont s’emparer de l’histoire et que Starr réalisera que la cause est plus grande qu’elle. Qu’il ne s’agit pas que de Khalil mais aussi de Trayvon, de Tamir, de Sandra et de toutes les personnes qui subiront les violences policières dans le futur. Starr a une voix et elle va s’en servir comme arme.

Mais The Hate U Give, c’est aussi un roman familial. A coté du message poignant qu’Angie Thomas fait passer se trouve une famille soudée, des personnages attachants et la chaleur d’une communauté qui n’est pas si différente que ça d’un continent à l’autre.

Les livres :
Angie Thomas The Hate U Give Harper Collins Childrens Books, 2017
Angie Thomas The Hate U Give – La haine qu’on donne, Nathan, 2018
Ernest J. Gaines A Lesson Before Dying, Vintage, 1993

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Une réflexion sur “The Hate U Give, de Angie Thomas

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